Rapport Devandas, tout n’est pas à prendre

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Rapport Devandas, tout n’est pas à prendre

« La rapporteuse spéciale recommande de fermer progressivement tous les établissements pour personnes handicapées ». Elle s’appelle Catalina Devandas, cette rapporteuse, qui est en charge pour l’ONU des droits des personnes handicapées. En 2017, elle était venue faire une sorte d’audit de la France. Son rapport, sorti en mars dernier, a marqué les esprits, tant il met en cause nos politiques et nos dispositifs.

Son seul repère se résume en un mot, le « tout-inclusif » : toute personne handicapée, quel que soit le handicap, même le plus sévère, devrait pouvoir vivre comme elle le souhaite, sans aucun cloisonnement, dès la naissance, et à tout âge de la vie. D’où la nécessité de fermer tout établissement spécialisé, classes, institutions résidentielles ou de travail. A l’inverse, l’injonction est de développer des services accessibles, un soutien de proximité, pour que toute personne handicapée puisse participer pleinement à la vie de la société dans tous les domaines, à égalité et en échange quotidien avec tout un chacun.

Ainsi, pour Madame Devandas, en France, il faut sortir d’un système qui prend en charge l’incapacité de la personne handicapée, la stigmatise, l’enferme, parfois la maltraite. A l’inverse, en donnant la parole aux personnes handicapées elles-mêmes, c’est toute la société française qui doit se transformer, la traiter comme un sujet ayant les mêmes droits que toute autre personne : enseignement, soin, protection sociale, justice, logement, travail, … rien n’échappe à son diagnostic sévère.

De quoi agacer, et ça n’a pas manqué : services publics, établissements spécialisés, associations, … n’ont pas manqué de réagir, pas tant sur le fond – beaucoup de bonnes choses dans ce rapport - que sur la forme presque violente de l’interpellation, avec la part d’idéologie que l’on devine.

Il ne faudrait pas penser que la seule inclusion qui vaille est forcément hors-les-murs, avec tous les services à votre disposition, certes, mais au risque d’une solitude que génère notre modèle de société individualiste. La liberté, c’est aussi celle de choisir la vie en établissement, en habitat partagé, le travail protégé, quand ceux-ci me conviennent et répondent à mon besoin, que je sois handicapé ou pas, et que mon handicap soit sévère ou pas.