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Chronique Radio

Une communauté handicapée

"A la mort de mon mari, je ne pouvais tout simplement plus aller à la messe". Marie-Amélie témoigne ainsi dans la revue Ombres et Lumière. Pourquoi ne plus aller à la messe une fois devenue veuve ? Révolte contre Dieu ? Non, bien au contraire, Marie-Amélie avait plus que jamais besoin de recevoir la force de l’Eucharistie. Mais elle a quatre enfants, dont Paul, très handicapé, qui ne peut tenir en place même quelques minutes. La messe du dimanche était devenue tellement difficile que les deux parents avaient l’habitude d’y aller séparément pour garder Paul à la maison.

Son mari décédé, plus d’alternance possible. Marie-Amélie restait avec Paul, en envoyant ses autres enfants à la messe, tout seuls, à pied, avec la consigne de bien se donner la main, et de s’assoir à côté d’une famille amie. Celle-ci a vite compris le problème, a alerté des paroissiens, et une chaine de solidarité s’est mise en place pour garder Paul pendant que Marie-Amélie allait à la messe en famille, et cela dure depuis des années. Cela a été possible que grâce à la vigilance de cette famille.

De plus en plus, des paroisses mettent en place des équipes de « veilleurs handicap ». Des paroissiens attentifs aux personnes handicapées et à leur famille. « Veilleur », un mot plein de retenue, de discrétion, mais aussi de vigilance et de détermination. Entrer en relation avec Liliane, bien seule parce qu’atteinte de troubles psychiques ; l’orienter vers un club d’amitié de la paroisse. Proposer à Kevin, adolescent trisomique, de servir la messe, et faire le lien avec le groupe des scouts qu’il va intégrer progressivement. Demander à Chantal, aveugle, de traduire la feuille paroissiale en braille… Les initiatives ne manquent pas, toutes plus simples les unes que les autres, mais qui ont juste besoin d’être suscitées par des personnes attentives, des veilleurs.

Les personnes handicapées et leurs familles en sont bénéficiaires. Mais c’est toute la communauté qui grandit. Saint Paul nous le dit si bien en prenant l’image du corps. Si un seul de ses membres souffre, tout le corps souffre. Il ajoute « les membres les plus faibles sont nécessaires au corps et doivent être honorés ». Autrement dit, une communauté sans Paul avec son handicap est une communauté handicapée. On peut donc espérer qu’un jour les paroissiens de Marie-Amélie pourront emmener Paul à la messe, qui avec son handicap et son agitation, fait plus que jamais partie de ce corps.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame