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Aidons les aidants

"Je dormais seulement par période de deux heures. Pendant trois ans, je ne suis jamais allé plus loin que le supermarché. Résultat, trois mois avant le décès de ma femme, j’ai complètement craqué". C’est en ces termes que Luc partage l’expérience douloureuse qu’il a connue en accompagnant sa femme atteinte de graves troubles respiratoires. Malgré les aides qu’il recevait, de ses enfants, des professionnels, il n’a pas réalisé qu’il s’épuisait lentement. Après la mort de sa femme, il s’est reconstruit et s’est engagé dans une association d’aidants familiaux. Il a découvert que beaucoup de gens vivent la même réalité.

Etre aidant familial de son enfant polyhandicapé, de sa maman vieillissante, de son conjoint atteint de sclérose en plaques est un engagement tout ce qu’il y a de plus naturel : aider à la toilette, à l’habillage, à l’alimentation, au déplacement, aux courses… Mais il n’est pas anodin. Il peut avoir des impacts importants souvent sous-estimés, sur tous les aspects de la vie.

Les chiffres sont impressionnants. On apprend dans les échos.fr qu’il y a plus de dix millions d’aidants familiaux en France. Autant dire que tous, nous avons été, nous sommes, ou nous serons un jour aidant familial d’un proche dépendant. Nous consacrons en moyenne cinq heures par jour à aider, et ce pendant plus de quatre ans. Derrière ces chiffres, il peut y avoir beaucoup de détresse, comme Luc. Plus d’un aidant sur deux déclare une maladie chronique après trois ans d’aide.

Heureusement, les dispositifs évoluent, même s’ils sont insuffisamment connus : lieux d’accueil temporaire, droit au répit, aides à domicile, congé de présence parentale … Beaucoup reste à faire encore pour mieux reconnaitre et soutenir ces personnes bien fragiles qui travaillent dans l’ombre, et souvent dans une grande solitude.

Il y a là un enjeu de société qui doit tous nous impliquer, les pouvoirs publics bien sûr, mais chacun de nous aussi. En un mot, « aidons les aidants ». Le linguiste Alain Rey rappelle que « aidant » est un raccourci de « adjuvant », et vient du latin « ad juvare », ce qui signifie « aller vers la joie ». Faire de l’épreuve de la dépendance de nos proches une occasion d’une joie personnelle et collective, voilà un défi de société exaltant qui peut tous nous rassembler. Un défi profondément évangélique.

Philippe de Lachapelle

Aidons les aidants