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Chronique Radio

Terrorisme, ne pas stigmatiser les personnes malades psychiques

« Le gouvernement réfléchit à mobiliser l’ensemble des hôpitaux psychiatriques et des psychiatres libéraux de manière à essayer de parer à la menace terroriste individuelle ». C’est le Ministre de l’intérieur qui a fait cette déclaration à la radio il y a quelques semaines. Par ailleurs, le mot « déséquilibré » est employé fréquemment ces derniers temps pour désigner des personnes qui ont commis un acte terroriste. Sans parler des « voitures folles » qui s’en prennent régulièrement à des piétons. Bref, tout cela contribue à lier psychiatrie et terrorisme, comme si ce dernier était à classer parmi les maladies psychiatriques, et que la radicalisation relevait d’un délire.

« C’est fou le nombre de déséquilibrés qu’on trouve dans les médias » s’irrite le philosophe Roger Pol Droit dans les échos, qui s’inquiète de cette confusion. Il n’est pas le seul ! L’UNAFAM, association de familles de personnes malades psychiques craint que cela renforce notre représentation sur la dangerosité de la maladie psychique. Alors, rappelons-le, il est prouvé que la personne malade psychique n’est pas plus dangereuse que la population générale. En matière de terrorisme, le psychiatre Boris Cyrulnick rappelle que parmi ces tueurs, il y a très peu de malades mentaux, entre autres, dit-il « parce que planifier, maitriser ses émotions et ses comportements, peu de malades savent le faire ».

Cette façon de rendre suspects ainsi les personnes malades psychiques risque de contribuer toujours plus à leur stigmatisation. Elles sont déjà tellement affectées par le manque de compréhension à leur endroit. De grâce, n’en rajoutons pas inutilement, et surtout faussement.

Comme le demande l’UNAFAM, c’est la qualité des soins psychiatriques qu’il s’agit de développer avant tout, car c’est de soins qu’ont besoin les personnes malades psychiques. Les délais d’accès aux soins doivent partout être compatibles avec l’urgence des situations, ce qui limitera d’autant d’éventuels passages à l’acte par mimétisme.

La bienveillance vis-à-vis des plus vulnérables n’est sans doute pas la réponse au terrorisme. Mais elle est une condition nécessaire. La cohésion nationale face au terrorisme nous invite plus que jamais à la promotion des valeurs qui fondent notre nation, à commencer par l’attention aux plus fragiles que sont les personnes malades psychiques.

Philippe de Lachapelle