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Le câlin eucharistique de Patrick

C’est la première fois que le Père Christophe vient célébrer dans cette chapelle pleine à craquer. Beaucoup de personnes handicapées dans cette assemblée dominicale. Pas étonnant, ce lieu de culte paroissial jouxte un foyer pour adultes handicapés mentaux. 

Première surprise pour le Père Christophe que de constater le joyeux désordre à l’entrée, où chacun prend le temps de saluer chacun, avec parfois de longues effusions. Surprise aussi, quand enfin le chant d’entrée démarre : ça chante fort, ça chante faux, mais c’est beau, tellement le cœur y est. Surprise encore quand au moment du geste de la paix, les servants d’autels, handicapés, s’éparpillent longuement pour serrer les mains ou embrasser jusqu’au bout de la nef.

Et puis vient le moment de la communion, qui se met en mouvement dans un désordre habité. Le Père Christophe est saisi d’émotion et de Foi en donnant le Corps de Jésus, qui à cet homme au visage déformé, qui à cette femme aux grande mains ouvertes et tremblantes, aidée par un paroissien valide. Il imagine Jésus allant à la rencontre de foules improbables pour les nourrir, comme à la multiplication des pains. 

Patrick, un homme trisomique s’approche alors, très recueilli. Le Père Christophe lui présente l’Hostie : « Le Corps du Christ ». « AMEN ! » répond avec force Patrick, qui, après avoir communié, au lieu de repartir, pose ses mains sur les épaules du Père Christophe sidéré, et l’embrasse avec affection sur les deux joues avant de retourner à sa place.

Ce jour-là, le Père Christophe dit avoir vécu une des plus belles messes de sa vie de prêtre : cette joie profonde du peuple de Dieu ainsi rassemblé, cette ferveur si sensible, et pour couronner le tout, ce qu’il nomme maintenant le « câlin eucharistique » de Patrick. Le Père Christophe est depuis lors habité par une espérance : que toute communauté paroissiale puisse connaître cette grâce de vivre ainsi du Christ. Cette espérance est celle de l’Eglise, et c’est tout simple : il suffit de construire nos communautés autour des plus fragiles. Ils sont l’Eglise, ils sont la chair du Christ. C’est le Pape François qui le dit !

Philippe de Lachapelle