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PCH, une prestation qui doit rester personnelle

"PCH… Prestation de compensation du handicap", ce sigle, PCH, sonne étrangement aux oreilles de la plupart d’entre nous, mais tous ceux qui sont concernés par le handicap le connaissent bien, car cette prestation est vitale. C’est une aide destinée à rembourser les dépenses liées à votre perte d'autonomie. Et donc son attribution dépend de votre degré de dépendance, de vos besoins, et de votre projet de vie. Elle permet de rémunérer par exemple la personne qui vous aide dans la vie quotidienne, les surcouts de transport ou de logement que génère votre handicap, et bien d’autres choses.

On devine le progrès énorme que représente la PCH pour que les personnes handicapées puissent vivre dignement et être actrices de leur vie dans la société. On devine aussi la difficulté énorme à évaluer au cas par cas cette prestation de compensation. C’est le rôle difficile des équipes pluridisciplinaires, qui apprécient les situations avec les intéressés. Car c’est bien le dialogue qui doit aider à trouver la juste compensation. 

Or, depuis un an environ, un guide a été établi pour aider les équipes : « dix minutes pour se laver le haut du corps, dix autres pour le bas, deux minutes et demie pour se laver les dents trois fois par jour, quinze minutes pour manger… » Ce chiffrage extrêmement précis des actes de la vie quotidienne est testé, dans le but d’assurer l’équité de traitement des demandes sur tout le territoire, probablement aussi pour diminuer les montants de cette prestation en période de restriction budgétaire. Mais hélas, on est en pleine contradiction avec l’esprit même de ce qui était voulu : la dimension personnelle, le dialogue avec la personne pour évaluer ses besoins compte tenu de ses capacités. Se laver les dents pour Loïc peut nécessiter deux fois plus de temps que pour Cyril, compte tenu de ce qu’il est, de sa rapidité.

Depuis dix ans, la personne handicapée, sa parole, son projet, sont mieux pris en compte. Rien ne devrait se décider, ni se faire sans elle, parce que chacun aspire à être reconnu comme une personne, à égalité de droits et de devoirs. Si donc un guide doit exister, c’est pour favoriser cette écoute de la personne handicapée, et non pour en faire l’économie. Je peux témoigner que ce dialogue de personne à personne est toujours fécond, et sans doute finalement beaucoup moins coûteux !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame