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Dieu ne s’arrête pas à nos apparences

« Depuis la naissance de Justin, j’ai le sentiment d’être évitée en permanence, même les regards se détournent de nous ». Annie qui parle ainsi est la maman de Justin, adolescent polyhandicapé, dont le corps déformé est soutenu par une coque rigide posée sur un fauteuil roulant. 

Elle explique que la veille, au supermarché, elle a constaté que les files d’attentes aux caisses s’allongeaient partout, sauf derrière Justin et elle. Les gens préféraient attendre plus longtemps à droite et à gauche, plutôt que de se mettre derrière eux. D’où ce sentiment qu’elle partage les yeux pleins de larmes d’être sans cesse évitée.

Si nous préférons les uns et les autres attendre plus longtemps dans une file voisine, ce n’est sans doute pas par méchanceté, il est fort probable que ce soit par gêne, par peur. Gêne de ne pas savoir comment se comporter. Peur parce que ce corps déformé de Justin dit quelque chose de notre propre vulnérabilité que nous ne voulons pas voir. La philosophe Claire Marin explique que la personne souffrante rend visible une réalité que l’on se cache la plupart du temps. C’est vrai de la maladie, c’est vrai du handicap.

J’aime à dire qu’il est normal que vous et moi, nous ayons cette gêne ou cette peur devant une personne handicapée ou malade. Nous ne devons pas en avoir honte. Par contre, nous avons le devoir de ne pas nous laisser guider par cette peur. Nous avons le devoir de nous mettre dans la file d’attente de Justin et de sa maman. De nous risquer à un sourire, ou à un petit bonjour à l’un et à l’autre. On aura souvent la surprise de constater que la gêne disparait aussitôt et la peur avec. Il y a toutes les chances que cette attitude éclairera la journée de cette maman, mais la nôtre aussi.

Et si nos freins intérieurs sont trop forts, nous pouvons essayer d’imaginer ce qu’est le regard de Dieu sur Justin. Le Pape François, s’adressant à des personnes de la rue récemment a eu ces mots : « par votre présence, vous nous aidez à nous harmoniser sur la longueur d’onde de Dieu, à regarder ce que lui regarde : Il ne s’arrête pas à l’apparence ». Oui, dans le regard de Dieu, Justin est infiniment beau, comme chacun d’entre nous d’ailleurs !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame