Aider, soutenir, jusqu'où ?

Claire : Les relations avec ma fille de 35 ans ont toujours été difficiles et ont aujourd’hui tendance à s’aggraver : difficultés à gérer son budget, instabilité affective, rejet ou reproches de ne pas assez l’aider vis à vis de nous, ses parents. Comment faire ?

C’est une situation bien délicate que celle d’aider un enfant adulte qui a de réelles difficultés à gérer sa vie, mais qui est en même temps dans le refus de toute aide ou de toute dépendance vis à vis de ses proches. On reste longtemps dans l’idée que ces jeunes adultes ont une adolescence qui se prolonge ou sont dotés d’une personnalité marginale, et que les choses s’arrangeront peu à peu. Et il n’en est rien, les choses ont plutôt tendance à s’accentuer avec le temps qui passe.

Plusieurs éléments, qui peuvent être le signe d’une fragilité psychique, sont à prendre en compte : l’instabilité, de la vie affective, des humeurs, les relations difficiles avec les proches, la difficulté à gérer son quotidien, autant dans le budget que la vie de tous les jours (rangement, le soin de son corps…), une force d’inertie qui rend le lever difficile, des projets mais une grande difficulté à les mettre en acte…etc. A cela peuvent s’ajouter des signes inquiétants qui sont ceux de la rupture du lien avec la famille ou les amis, l’isolement, la perte de travail qui permet de garder un cadre et des repères dans sa vie.

C’est une situation de grande souffrance pour la personne, mais aussi pour les proches, qui voient peu à peu les choses se dégrader en étant impuissants, dans l’incompréhension de cette personnalité qui nous échappe, et la tristesse de voir combien il est compliqué de rester en lien.

Le premier pas est celui de comprendre, nous la famille, que cette personne est sans doute atteinte d’une fragilité psychique et donc pas complètement responsable de tout ce qu’elle n’arrive pas à faire. Ce chemin des proches permet déjà de considérer la situation sous un autre angle, de comprendre qu’avant tout cette personne est en grande souffrance. L’objectif ici est de pouvoir l’amener à consulter afin d’évaluer la situation avec un professionnel et peut-être d’accéder à un parcours de soin. Arriver à cela demande beaucoup d’empathie, de délicatesse et de temps, car bien évidemment, la personne ne se considère pas comme malade (et a plutôt tendance à penser que ce sont les autres qui ne font pas ce qu’il faut, qui ne vont pas bien…) Il faut peu à peu inciter la personne à se faire aider en lui disant par exemple : « Je vois que tu souffres, que la vie est difficile pour toi, et je suis sûre que tu pourrais être aidée par des professionnels. Que penserais-tu d’aller voir quelqu’un qui puisse comprendre ce que tu vis  et te soutenir pour que ce soit moins difficile ? »