Désemparés à l’annonce du handicap chez nos proches

Désemparés à l’annonce du handicap chez nos proches

« Nous étions deux à accoucher le même jour, à quelques kilomètres de distance. Julie a eu plein de visites. Moi presqu’aucune. Pourtant nous avions les mêmes amis ». C’est en ces termes amers que Cécile se souvient de la naissance de Paul, son enfant né avec un lourd handicap : cette quasi absence d’amis, contrairement à Julie, dont le bébé allait bien.

Ce que Cécile a vécu est hélas très courant quand le handicap fait irruption dans une famille. Au choc du diagnostic, s’ajoute une immense solitude. Peur du handicap, crainte de ne pas trouver les mots, si habituels en de telles circonstances : par quoi remplacer le « qu’il est mignon » ? Que faire devant les larmes de la maman ou la douleur muette du papa ? Alors, par peur, par ignorance, par crainte d’être démuni ou maladroit, on préfère différer la visite, jusqu’à ne plus savoir reprendre contact, quitte à en garder un peu de honte. Et c’est comme ça que les parents font au fil du temps le douloureux constat de voire de nombreux amis disparaitre et les liens avec la famille se distendre.

Il est normal que l’annonce du handicap chez nos proches nous laisse désemparés, et que nous soyons envahis de sentiments négatifs qui nous poussent à éviter, voire à fuir. Mais notre cœur profond, lui, nous donne envie de nous faire proches de ces amis en souffrance. C’est ce cœur profond que nous devons écouter pour dépasser nos peurs.

Claire se souvient avec émotion de ce couple d’amis débarquant chez elle avec le diner tout fumant au retour de la maternité, et comme seule explication : « on avait envie d’un bon repas avec vous ». Isabelle, elle, n’oubliera jamais cette amie qui, après avoir pleuré avec elle, s’est penchée sur le berceau de son enfant avec ces mots doux : « tu as de la chance d’être né dans cette famille, avec de si beaux parents, de si beaux frères ». « Je ne voyais que le handicap, -dit-elle- cette amie m’a permis de voir en lui un enfant, mon enfant ! Elle en est devenue la marraine ».

Nous pouvons et devons partager les larmes des parents. Nous pouvons et devons aussi regarder cet enfant avec les yeux mêmes de Dieu : « Celui-ci est mon fils bien aimé en qui j’ai mis toute ma joie ». Car en Dieu, les larmes et la joie peuvent se rejoindre, sans aucune contradiction.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame