La véritable guérison n’est pas forcément être en bonne santé

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La véritable guérison n’est pas forcément être en bonne santé

"La guérison, j’en ai rêvé, j’ai pleuré parce qu’elle ne venait pas. Je comptais mes années de maladie…". Laurence Martin qui prononce ces mots est schizophrène. Elle a 39 ans. Elle décrit les souffrances terribles par lesquelles elle est passée dans les moments de crise. « La schizophrénie réduit tout en miette, le monde, les autres, soi-même… ». Elle est aujourd’hui stabilisée et tient un blog pour mettre un peu de vérité sur cette maladie psychique et sur les personnes qui en sont atteintes. Elles souffrent de tant de préjugés, alors qu’elles attendent avant tout d’être considérées comme des personnes à part entière, qui ne se résument pas à cette maladie. « Quand j’étais en crise, dit-elle, j’espérais une parole, une main tendue, que quelqu’un voie ma souffrance »

Elle n’espère plus la guérison, et dit-elle « je vais bien mieux depuis que je ne compte plus sur elle… A force de vouloir atteindre la guérison, on ne fait que penser à la maladie ». C’est ainsi qu’elle a repris peu à peu pouvoir sur sa vie en apprenant à vivre avec sa maladie, ses hauts et ses bas, ses forces et ses faiblesses. « J’ai appris à être en paix avec moi-même, à ne pas prendre chaque bas comme un échec, à ne pas m’en vouloir parce que je vais mal, à ne pas me détester parce que je passe une journée au lit… Et étonnamment c’est comme ça que la maladie devient plus discrète, quand on l’accepte ». Un lent travail de consentement.

A lire Laurence, on pressent qu’elle est peut-être là, sa véritable guérison. Ce n’est plus d’espérer être en bonne santé, au sens où il n’y aurait plus de symptômes pénibles - elle traverse encore et toujours des épisodes douloureux - Mais c’est accueillir chaque jour tel qu’il est donné, comme étant « la vie » tout simplement. Un peu comme la petite Thérèse, qui avait découvert dans sa fragilité qu’il ne fallait pas pratiquer des vertus héroïques, mais juste acquérir l’humilité.

Il est peut-être là notre chemin de vie à tous, que nous soyons ou non marqués par une maladie ou un handicap. Accueillir notre vulnérabilité, apprendre à faire confiance, à nous appuyer sur les autres, et surtout sur Jésus qui seul peut porter notre fardeau. Nous avons tous en mémoire la réponse du Christ à Saint-Paul qui demande par trois fois d’être guéri d’une maladie qui gêne son ministère : « Ma grâce te suffit ».

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame