Mon père, ma mère est malade ou handicapée

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Mon père, ma mère est malade ou handicapée

"J’ai mis beaucoup de temps à comprendre que le comportement de mon père n’était pas normal et qu’il avait un problème… Il a fallu que je devienne adulte pour oser me souvenir de tous ces moments et regarder la vérité". Tous ces moments dont parle Florence dans la revue Ombres et Lumière, ce sont des crises que son père, atteint de troubles psychiques sévères, vivait malgré lui, et dont elle était douloureusement témoin. « Parfois – se souvient-elle – j’avais l’impression d’être plus adulte que mes parents eux-mêmes ». Elle en garde un sentiment d’insécurité qui l’habite encore.

Ce que dit Florence rejoint ce que vivent souvent les enfants d’un père ou d’une mère malade ou handicapé. Ils découvrent progressivement que Papa, Maman, est différent, et c’est douloureux, quel que soit le handicap du parent : sourd, aveugle, moteur, mental, psychique. Ils portent des responsabilités précoces, allant jusqu’à être mis dans la position de parent de leur père ou leur mère. Ils se sentent interdits de parler de leur souffrance. Ils peuvent renoncer à inviter leurs amis à la maison. Parfois aussi, ils n’osent pas quitter la maison à l’âge adulte, tant ils auraient le sentiment d’abandonner leur parent handicapé ou son conjoint. Bâtir un projet familial, professionnel peut être difficile. Ils aiment leur parent handicapé. Mais l’amour qu’ils lui portent est encombré de tous ces sentiments et ces non-dits. Ils ont besoin de parler.

En parler, c’est précisément ce qui a aidé Florence à progresser : « Une amie m’a invité à la journée de l’OCH pour les enfants de personne malade ou handicapée. Cela m’a ouvert les yeux et réconfortée… J’ai compris qu’il y avait des choses à dépoussiérer pour que j’aille mieux ». Elle a depuis lors appris à être à l’écoute d’elle-même et à prendre soin d’elle. Depuis, elle a pu nouer une relation plus paisible avec son père malade : « On peut se voir de manière plus plaisante, on se comprend un peu mieux » - dit-elle avant de conclure « J’ai compris qu’être adulte, c’est être juste parent pour soi-même ».

La prochaine journée de l’OCH dédiée à ceux qui ont grandi avec une mère, un père malade ou handicapé, aura lieu le samedi 18 novembre prochain. Elle est animée par des professionnels eux-mêmes concernés. Un moment privilégié pour mettre des mots, retrouver une juste place, et accueillir la vie parfois envers et contre tout, comme Florence.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame