Le risque de délégation d’humanité aux robots

© Fotolia

Le risque de délégation d’humanité aux robots

"Bonjour, je m’appelle Lina. En quoi puis-je vous aider ?". Cette voix bienveillante n’est pas celle d’une femme comme on pourrait le croire. C’est un robot humanoïde : une tête, des yeux, des bras, des jambes. Lina rejoint la panoplie d’autres robots humanoïdes qui apparaissent sur le marché de l’assistance à la personne. Comme lui, ils ont figure humaine, et d’ailleurs sont souvent dotés d’un prénom humain : Alice, Zora, Aloïs et autres Romeo.

Les robots deviennent de plus en plus partie prenante du quotidien des personnes âgées. Leurs capacités sont de plus en plus développées et variées : Aloïs s’arrête devant chaque porte de la maison de retraite et informe les résidents du menu, des animations. Ben joue aux échecs ou au scrabble avec Claudine. Il y a aussi ce robot d’assistance à la marche, une sorte de déambulateur intelligent équipé de poignées, qui s’adapte au rythme de la personne âgée pour l’aider à se mettre debout et à se déplacer.

Ces robots sont des machines et donc sont incapables de sentiments. Mais on sait les programmer pour reconnaitre des émotions, tristesse, joie, et pour en exprimer. La tentation est grande, notamment pour des personnes fragiles et isolées, de leur faire croire que leur robot les aime, et de les laisser s’y attacher. Plus simple et beaucoup plus capable qu’un animal de compagnie, voilà une réponse possible à la solitude croissante des personnes âgées

Le philosophe Damien Le Guay dans son livre « Contre le mal mourir en France » aux éditions du Cerf, s’inquiète de la tentation de faire une délégation d’humanité au profit de ces robots. « Le défaut de distinction entre les hommes et les machines pourrait à terme se retourner contre les hommes » dit-il, car « l’écoute, la force en dignité d’un regard, la caresse positive, la parole pleine d’humanité, … ne peuvent être le fait que d’une humanité en chair et en os ».

Il ne s’agit pas d’interdire les robots. Ils ont leur utilité. Mais de discerner qu’ils soient bien au service de la personne, jamais un substitut à celle-ci. Que nos ainés soient considérés, entourés, aimés, pour qu’à aucun moment Lina ne devienne leur seul ami. Il en va de notre responsabilité commune vis-à-vis de nos anciens, qui nous ont donné nos vies en héritage, une vie en chair et en os !

Philippe de Lachapelle, sur Radio Notre Dame